02 janvier 2007

Bernard Parmegiani répond aux questions d'Electroscopie


Bernard Parmegiani, à l'occasion de la parution d'un nouveau CD Ina/Grm "plain-temps" a accepté de répondre à quelques questions. Merci à ce grand compositeur, ce pionnier reconnu par de nombreux compositeurs, dj, remixeurs, platinistes etc. comme l'un des pères de la musique électroacoustique les plus importants
Mais laissons la parole au Maître :


Patrick Wiklacz : Bernard Parmegiani, votre oeuvre si riche n'est pas toujours facile d'accès au niveau enregistrement. Peut-on espérer pouvoir un jour écouter vos quelques 80 opus sur CD ?
Bernard Parmegiani : Ces 80 opus seront édités sous la forme d'un coffret d'ici deux ans car un certain nombre de révisions s'imposent..

P W : Depuis vos débuts au Grm, vous privilégiez les passerelles entre recherche et musique populaire (ce n'est pas péjoratif) : indicatif TV, radio, gingles, musiques de film etc. pourquoi avoir choisi ces chemins de traverse? Qu'en avez vous retiré?
Bernard Parmegiani : Depuis une quinzaine d'années je me suis concentré d'avantage sur la composition musicale pure destinée à l'écoute en concert. Avant cette période j'étais très intéressé par les directions diverses d'application de la musique électroacoustique . Les commandes affluaient des différents domaines: films, théâtre, chorégraphie, spots publicitaires, émissions télévision etc. Mais c'était également pour moi une manière d'expérimenter certaines formes compositionnelles que je pourrai éventuellement appliquer dans des œuvres personnelles.

P W : Etes vous plus musicien que technicien? vous êtes ingénieur de formation je crois...
Bernard Parmegiani : J'ai effectivement été davantage technicien: ingénieur du son à la radio d'abord puis à la TV, ensuite jusqu'à mon intégration au GRM en 1960. Mais avant cette période, j'ai reçu une formation musicale de la part de mes parents qui étaient musiciens: mon beau-père était pianiste virtuose et ma mère professeur de piano. J' ai donc été leur élève pour le piano sur lequel, après un temps d'aprentissage, j'ai commencé à improviser davantage que de progresser au sens strict. J'improvisais à partir des pièces pour piano que l'on me faisait étudier.

P W : Vos activités ont englobé un temps la vidéo, l'image etc. pouvez vous nous expliquer quel était le but de vos recherches au Grm dans ce domaine particulier: l'image?
Bernard Parmegiani : Depuis que j'ai composé, j'ai toujours eu envie d'élargir mon champ d'action, de me définir davantage musicalement à travers différentes directions tout en m'astreignant à certaines obligations venues des réalisateurs , chorégraphes, metteurs en scène etc. J'expérimentais des formes, des rythmes, et surtout une métamorphose de la matière sonore à travers le temps, considérant alors cette matière sonore comme un être vivant.

P W : Verra t on un jour les travaux de recherche video du Grm...en DVD ?
B P : J'ai réalisé moi-même des images sur mes propres musiques . Mais ces réalisations sont au nombre de 3. L'une en Allemagne à la WDR à Cologne et les deux autres à l'INA .

P W : Parmi vos collaborations, on note des bandes sons pour des dessins animés de Kamler ou d'autres réalisateurs. pourquoi ont-il fait appel au Grm? et à vous en particulier? qu'atendaient les réalisateurs de vos bandes sons électroniques ?
B P : Il y avait au " Service de la Recherche " avant de devenir l'INA un Groupe de Recherche Image ( G R I ) qui regroupait un certain nombre de réalisateurs de" films d'animation " (très différents de latechnique des dessins animés) : peintres, plasticiens qui étaient eux-mêmes chercheurs ... Pierre Schaeffer a donc suscité des rencontres entre compositeurs et ces différents réalisateurs. Nous, compositeurs, étions plus ou moins demandeur, et moi-même j'ai fait savoir que j'étais très demandeur. Ce furent Kamler, Peter Foldès , Pierre Kast, Lapoujade, Peter Kassovitz, etc...Ils attendaient tout naturellement de nous une musique electroacoustique qui leur convienne.

P W : Connaissez vous l'auteur de cet indicatif d'Antenne 2 ? j'ai toujours pensé que c'etait vous, un collage ? ... cliquer sur ce lien
://www.youtube.com/watch?v=_ITT3Z6fCyk
B P : Le seul indicatif que j'ai réalisé pour Antenne 2 est "Stade 2" , une émission régulière sur les sports .

P W : Christian Zanési dit de vous sur notre blog, en parlant du compositeur Mika Vainio "je le vois assez proche de Bernard Parmegiani dans sa façon de "toucher" le son et de nous toucher. Le son est à la fois abstrait et physique...", qu'en pensez vous?
B P : Je ne connais pas la musique de Mika Vainio. et il m'est donc difficile d'en juger. Cela étant dis, je ne refuse pas la définition de Christian pour ce qui me concerne. Simplement j'ajouterai qu'il arrive fréquemment dans mes pièces qu'un son se métamorphose de l'abstrait au réel. Mais il faudrait développer, et malheureusement je n'en ai pas le temps pour l'instant. (encore une histoire de temps).

P W : Votre musique est elle écrite ?
B P : Ma musique est relevée par l'ordinateur à partir du moment où je compose par l'intermédiaire de ProTools: un système assez complexe qu'utilisent la plupart des compositeurs.

P W : Comment composez vous? avez vous des "trucs"?
B P : Je compose selon la manière et le style de Parmegiani: je n'ai pas de "trucs" mais, comme beaucoup d'autres compositeurs, des idées, trop longues à expliquer ici, ne m'en veuillez pas.

PW : Quelle est la part de l'improvisation?
B P : l'improvisation est assez rare car la plupart des instruments (logiciels) ne le permettent pas toujours. L'improvisation n'est réellement possible qu'à la période prise de sons ou manipulation (transformations) des sons issus de synthétiseurs par exemple ou même d'instruments de musique classiques. Mais pour improviser, encore faut-il avoir des idées musicales de formes, densités etc...

P W : Certaines de vos pièces sont purement électroniques, d'autres subtilement concrètes, comme si l'héritage concret était assimilé et intégré au son pur, comme si le concret subissait une alchimie...
B P : Mes pièces ne sont pas "purement électroniques " mais "électroacoustiques" c'est à dire à la fois électroniques et acoustiques.

P W : Quels outils utilisez vous ? synthétiseurs ? logiciels?
B P : j'utilise très peu de synthétiseurs, mais surtout des logiciels, du soft et du hard : Ultra harmonizer, Sampler, Réverbération ...

P W : Sur quel projets travaillez vous en ce moment?
B P : J'entre dans une nouvelle période de composition avec du nouveau ainsi que des pièces anciennes auxquelles j'applique ce qu'on appelle un "remix" c.à.d. une révision.

P W : Dates des prochains concerts ...
B P : Prochains concerts à Paris en Janvier, Belgique en Février et un peu plus tard à Copenhague...c'est tout pour l'instant.

Bernard Parmegiani pour Electroscopie - Décembre 2006
Ceci est un blog, c'est à dire un espace de dialogue... vous pouvez écrire ci dessous vos réactions à cet interview. Mon blog n'est pas une agence de pub, ni un satellite du Grm. Donc soyez libre et écrivez !
ce que vous voulez ...

6 commentaires:

Anonyme a dit…

merci pour cette interview, il faudra que quelqu'un un jour fasse un documentaire complet sur la réalisation d'une oeuvre electroacoustique de à à z avec Parmegiani ou Henry, ça serait un super projet, car pour moi il reste toujours un "mystére" de leur traitement des sons.
à+
Cyril Bloggie

wildo a dit…

Très bien cette interview, dommage qu'il n'ai pas pu prendre plus de temps pour répondre à certaines d'entre elles, notament les méthodes de travail ... Ahhhh, ces compositeurs timides ! ;-)

Bonne année.

Patrick W a dit…

Merci à Wildo et Cyril...
Pour Cyril : je n'irai pas jusque là, ce qui m'intéresse au premier chef ce sont les outils ... ensuite comment le compositeur arrange sa sauce ... pour moi c'est de l'ordre de l'intime ... à la limite, certains compositeurs institutionnel comme Lejeune sont profs de classe électroacoustique ... il faut être dans la peau d'un élève pour arriver à satisfaire ta demande! Franchement ça dépasse le cadre d'un reportage ou d'un traitement journalistique.

Pour Wildo : en effet, il y a des blancs dans les réponses et c'est justement sur les points qui m'intéressent le plus. En fait , j'ai aussi supprimé/arrangé 2 questions auxquelles B Parmegiani n'a pas pu répondre faute de temps ou de compréhension par rapport à ma prose et au genre. En effet poser des questions par mail, sans contact direct, n'est pas évident. La première sur la différence de texture analogique/numérique ou plutôt sur la perte de ces couleurs, car j'ai lu par ailleurs qu'il regrette le temps de l'analogique, sans renier le numérique qu'il utilise depuis les années 80 (c'est quelqu'un de très ouvert!) ... et la deuxième sur la "documentation" de sa musique, dans le sens ou chaque oeuvre des gens du Grm sont souvent accompagnées par une analyse ou une sorte de note d'intention... musicologique/philosophique (Bayle et Chion par exemple)

Bonne année à tous les deux !

Patrick W a dit…

Et à Bernard Parmegiani bien sûr !

deb7680 a dit…

Très intéressante cette interview. Je suis comme Wildo, j'aurais bien aimé qu'il rentre un peu plus dans le détail de ses méthodes de travail.
Pour Cyril Bloggie, il faut regarder les portraits Polychromes sur le site de l'Ina GRM. Il y a des explications souvent très intéressantes.
En tout cas, Patrick, bravo pour ce travail. Il faut continuer.

Patrick W a dit…

Merci Deb,
si vous avez des idées d'interview et les questions qui vont avec ...

A+