30 mai 2007

Quelques questions à Jean-Marc Weber

Jean Marc Weber est compositeur, professeur, lauréat du concours international de composition de BOURGES (1994). il a écrit de nombreuses œuvres pour support, mixtes et instrumentales. Il s’est également penché pendant plus de dix ans sur l’aspect pédagogique des musiques nouvelles et notamment envers le jeune public au sein d’ateliers de pratique artistique. II compose régulièrement dans son studio personnel des musiques d’application pour le théâtre, la radio, la vidéo, la publicité, le dessin animé et le CD-ROM. Chargé de cours de 1982 à 2005 à l’université de Metz et de Nancy et de 2004 à 2006 à l’IUT de Chalon sur Saône en licence professionnelle T.A.I.S. Il dirige depuis 2002 le département son du Conservatoire National de Région de Chalon-sur-Saône.


PW : Jean-Marc Weber, je vous découvre grâce à Myspace, pourquoi n'avoir jamais enregistré de disque ?

JM Weber : Et bien c'est une très bonne question. Tout simplement je n'ai jamais pris le temps de démarcher (qui et où?) ... je déteste cela.

PW: J'ai été surpris à l'écoute du cd que vous m'avez envoyé, de ne pas avoir de morceaux aux couleurs et textures analogiques, comme vous sembliez en présenter sur Myspace, en exhibant de vieux synthés. Mais je pense que depuis 2005 vous travaillez plutôt avec des logiciels.... pouvez vous me donner le nom de votre logiciel préféré? tant pis pour la pub...

JM W : En ce qui concerne la pièce "Locomotive", présente sur le CD, elle est pourtant faite à 90 % avec le synthi AKS de EMS, il s'agit effectivement d'un vieux coucou mythique !

Habituellement je compose :
Pour le derushage , le montage stéréophonique et le mastering avec Wavelab 6 de St
einberg.
Pour le montage multipiste et le surround , avec Cubase SX4 de Steinberg.
Pour le time-stretch et la transposition : Melodyne de CELEMONY
Pour la synthèse analogique : RSF Kobol et Expander II, AKS d'EMS, KORG MS20, SQ10 et VOCODER, Prophet 610 de SEQUENTIAL CIRCUITS.
Pour la synthèse analogique virtuelle: Minimoog,Moogmodular, ARP2600 et YAMAHA CS80V de chez ARTURIA (cocorico)
Pro53,Massive de Native Instrument & KORG Legacy, Norlead de CLAVIA.
Pour la synthèse numérique : Wavestation de KORG.
Pour la synthèse numérique virtuelle : Absynth4, FM8 de NI
Pour l'échantillonnage : Kontakt 2, Intakt de NI et Halion 3 de Steinberg
Pour le contrôle temps réel : BCF et BCR 2000 de BERHINGER, WX7 de YAMAHA
Informatique sur PC portable (studio & scène) avec carte son RME Hammerfall Multiface et préampli Quadmic.
Prise de son extérieur : M-Audio Microtrack et couple ORTF Schoeps, Sennheiser MD 441U.
Ecoute surround : 5 x DYNAUDIO BM5 + caisson de grave
Ecoute stéréo : D-BOX SD 30A
Des guitares acoustiques,électraocoustiques, électriques, basses & fretless, des petites percussions en tout genre et tout un tas de synthétiseurs que je n'utilise plus...

PW : Donc votre approche du matériel (en effet vous indiquez souvent avec quoi est réalisé un morceau) semble vous distinguer de vos collègues, dans ce monde très fermé de l'électroacoustique…on n'aime pas en général dire : j'utilise tel ou tel logiciel et/ou matériel…

JM W : Je ne sais pas comment réagissent mes collègues mais en ce qui me concerne je suis très attaché aux explications. D'une part, une oeuvre est intimement liée à une période et par conséquent en ce qui nous concerne à une machine ou à un logiciel. A tel point qu'il est parfois impossible de rejouer 5 ans plus tard une pièce non enregistrée. D'autre part, le fait d'enseigner cette musique et les technologies qui y sont liées doit certainement avoir une influence. Il est certain que pour le public néophyte, qu'une pièce ait été fabriquée/composée avec le Schmurz 3642 de chez Mayama ou le Siznec 202 de chez Lorand n'a pas grande importance, par contre pour des personnes qui composent elles-mêmes... Encore que, il m'arrive de voir le grand public très curieux après mes concerts et il est déjà arrivé de faire un cours/démonstration des matériels mis en jeu, notamment lors de session live.

PW : attachez vous une importance aux querelles « concret » ou « acousmatique » qui agitent les théoriciens ? aux définitions …

JM Weber : Vous savez les querelles de chantier, cela me laisse de glace ! J'ai beaucoup d'autres choses plus importantes à faire...

PW : Vous donnez souvent des concerts…Quelles sont les réactions du public à votre musique ?

JM Weber : De façon générale, l'accueil de ma musique est plutôt bonne et je rencontre des personnes plutôt enthousiastes et avides de découvrir des musiques qu'ils ne connaissaient pas. Somme toute pas tant choqués que cela ! Cela fait très longtemps que je défends l'idée qu'il n'existe pas une musique savante réservée à une "élite", mais qu'il faut donner la chance au public de rencontrer, de voir et d'écouter les artistes se produire.

PW : Comment un jeune de 18 ans, qui a une formation académique, rentre (et pourquoi ?) dans votre classe du conservatoire de Chalon sur Saône, quelles sont ses motivations ? L'apport musical traditionnel est-il un plus ? Décelez vous facilement les jeunes qui ont certaines facilités.

JM W : Les étudiants qui se présentent en classe de musique électroacoustique au CNR de Chalon sur Saône sont de deux profils différents : premièrement, effectivement il y a des élèves qui ont un cursus d'études musicales "traditionnel", ceux-ci ont l'avantage de par leur formation d'aborder les notions de forme musicale plus aisément.Deuxièmement, il y a des candidats qui ne viennent d'horizons différents , tels que rock, musiques électroniques etc... Ces derniers arrivent souvent avec des idées musicales plus innovantes mais avec de réelles difficultés de mise en forme par manque de culture. Dans tous les cas il y a également une demande au niveau des techniques électroacoustiques de façon générale, de la prise de son à la synthèse sonore.

PW : Votre cours est pratique ? technique ? ludique ? sérieux, théorique ? libre ? … informatique ?

JM W : Les cours sont constitués:
-Technique sur 2 ans (collectif de même niveau) : 1h00/semaine,
-Ecoute critique sur 2 ans ou plus (collectif de même niveau) de tous les répertoires : 1h00/semaine,
-Travaux pratiques (individuel) : 1h00/semaine
-Travaux personnels : 10h00/semaine

PW : Je crois que vous participez à une table ronde, au festival Elektrophonie le 7 juillet, avec entre autres Christian Zanési, Anne Montaron, David Jisse etc. , sur les croisements entre l'électroacoustique académique et les multiples approches populaires. Quid de l'identité, de l'héritage, du futur ? Que pensez vous de musiciens (comme moi) autodidacte … ?

JM W: C'est exact. Sur Myspace j'ai mis cette phrase : Quelles sont les limites ?
Nous savons parfaitement que les musiciens de la scène électronique sont très sensibles à ce qui se passe dans la musique électroacoustique. Ils se penchent sur l'histoire et ont tendance à suivre l'actualité. Ceci est vrai également de mon côté. Je vais au concert, j'écoute , je découvre, j'apprécie ou non... enfin tout ce que je considère comme étant une attitude normale d'un musicien passionné. Dans le pôle son du CNR dont je suis coordonnateur, nous avons trois départements : son, musique électroacoustique & musiques actuelles amplifiées et je puis vous dire que cette cohabitation est parfaite. Il y a une émulation et des rencontres passionnantes, que se soit entre les étudiants , entre les enseignants et les étudiants. Ce mélange est profitable à tout le monde. Quant aux musiciens autodidactes, ils ont leur place dans les conservatoires grâce à ce type de formation. La seule ombre au tableau, et de taille, c'est la modification des cursus vers les nouveaux diplômes (DNOP) qui doivent de mettre en place dès la rentrée. La porte se referme de façon remarquable mais c'est un autre débat...

PW : Pouvez vous préciser, en deux lignes...

JM W : Et bien dans les nouvelles directives du ministère pour le DNOP, il n'y a plus de diplôme de musique électraocoustique en tant que tel. Il faut entrer en classe de composition ce qui implique la connaissance du langage écrit traditionnel.

PW : Justement, l'électroacoustique : est ce encore de la musique ;-) ?

JM W : L' électro-acoustique , c'est de la technique. La musique électroacoustique nécessite une double formation, à la fois technique et artistique, cela simplifie considérablement le travail en studio. Bien sûr qu'il s'agit de musique puisqu'il y a un acte créateur de composition et de mise en forme des sons fabriqués.

PW : Est on élitiste, quand on quitte le monde de la tonalité et donc incompris de 99.99 % des auditeurs ? ;-)

JM W : Je pense avoir répondu à cette question précédemment. Il n'y a pas de musique savante à mon sens. D'une part, il y a une musique qui touche ou ne touche pas la sensibilité des personnes. Faut-il encore que ces dernières puissent avoir la chance de l'écouter quelque part ! D'autre part, si l'on choisit de faire une musique profondément abstraite et cérébrale, il faut bien s'attendre à ce que tout le monde ne puisse s'en satisfaire. Les choix de composition et de compositeur, de nécessité absolu lors de l'acte de création ne se discutent pas...

PW : Je pourrai ajouter: il n'y a pas que l'aspect tonal des oeuvres, il y a aussi le RYTHME... le rythme et la pulsation, sauf parfois dans quelques séquences répétitives, sont les grands absents de nos musiques... au point que, remixées par des DJ, elles deviennent « écoutables » par le grand public. Pierre Henry l'avait compris avec sa Messe, il y a bien longtemps. Mais vous aussi vous avez "osé" mettre une boite à rythme dans un morceau qui figure sur le CD envoyé...

JM W : Bien sûr que j'ai mis du rythme de façon flagrante. Cela est-il interdit ? Par qui ? Et pourquoi ? Si ma composition dans sa forme et le sujet qu'elle traite a besoin de cela pourquoi m'en priverai-je ? Pour faire plaisir à qui ? Je n'ai aucun problème avec cela, bien au contraire. Je n'évince en aucun cas ma culture Rock, cela n'a pas de sens. Ma dernière pièce "Au fil de l'Inde" que j'ai composée pour Tapage Nocturne se termine par une très longue séquence binaire avec une boucle de boite à rythme évidente, et alors !

PW : Les logiciels , les instruments virtuels me posent problème... portant ils sont très pratiques et relativement peu onéreux, en tout cas infiniment moins que le matériel analogique. Ils me posent problème car j'ai l'impression que l'objet est jetable, donc la musique aussi.. j'arrive pas à me sortir de cette accroche : un son = une machine, si cette machine est virtuelle, elle a tendance pour moi à être abstraite et totalement inexistante, donc chargée des pires défauts ... je ne parle évidemment que des synthétiseurs, notre musique inclue également le traitement sonore de sources concrètes. Là je n'ai pas de problèmes à appliquer des traitements informatiques (mais pas exclusivement). Pour moi une composante très importante de la musique est le son dans sa couleur, or il se trouve que je préfère le son de sources analogiques aux sources numériques... je regrette que les recherches concernant la synthèse soustractive se soient brusquement arrêtées au début des années 80, que plus (ou presque) personne ne crée des modules originaux et que toute la matière grise se soit réfugiée dans le domaine du binaire...


JM W : Pourtant les fabricants allemands continuent de produire des machines analogiques à la pelle. Il suffit de se rendre au salon de Francfort pour se rendre compte de l'importance de cette mouvance, et tout ceci grâce aux musiciens de la scène électronique.

PW : Anglais, Américains aussi, et Français ! (voir le message sur EOWAVE ci dessous )

Site Web de Jean-Marc Weber
http://jmweber.club.fr/jeanmarcweber.html

Myspace JM Weber : http://www.myspace.com/jeanmarcweber

Festival Elektrophonie : http://www.nuit-bleue.com/nuit-bleue-2007-rencontres-elektrophoniques.html

Jean-Marc Weber a été l'invité de Bruno Letort le vendredi 25 mai 2007 de minuit à 1h00 On peut réécouter l'émission "l'Inde imaginaire" sur le site : http://www.radiofrance.fr/francemusique/em/tapage/emission.php?e_id=18


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