07 février 2008

Lettre électronique à une amie qui me demande « connais-tu Xénakis ? t’en penses quoi ? »


Tu me demandes sûrement de te parler plus précisément du Xénakis « électroacoustique » bien qu’il ne faille pas dresser de barrière artificielle entre les genres pour une catégorie de compositeurs disons « académiques» mais ... et c’est ici que tout se complique ... Xénakis n’en est pas un, disons qu'il l'est devenu par la suite. Tout d’abord, Iannis Xénakis n’a pas composé un nombre considérable d’œuvres electro, une quinzaine par rapport à sa production « classique » (orchestre, piano, percussions). C' est très faible, comme si l’électronique n’avait servie en fait que de brouillon,, (je sais c’est péjoratif de dire ça, mais je te donne mes impressions qui valent ce qu’elles valent), de piste d’essai, de mise au point de masses sonores, d’équilibres, de vérification rapide d’intuitions mathématiques, juste pour prendre ses marques, régler quelque appareil, mettre au point tel geste…

Au début, fin des années 50, c'est normal, c’est très concret. Fin des années 60, avec Persepolis, une sorte de drone complexe et évolutif, il faut s’accrocher ! Rien à voir, déjà, avec la production du Grm, son séjour chez le père Schaeffer ne s’est pas bien passé… de fait au niveau stylistique, on ne fait pas dans la poésie. Raclements, atmosphères hallucinées, aucune recherche du « beau son », de l’inouie , gestion de la durée aux antipodes du style parisien… ce qui l’intéresse, c’est, me semble t-il, la spatialisation, le spectacle total, le croisement et la fusion des mathématiques, de l’architecture, des arts plastiques, des effets lumineux et évidemment des sons. Réduit à un disque stéréo, Persepolis est il toujours Persepolis ? Cet objet multiforme perd forcement de son intérêt en vinyle… Déjà, Xenakis est complexe, déjà on devine une autre démarche, radicale et sans complaisance, maîtrisée, intimidante et pourtant naïve, vulnérable. Un prise de risques totale… comment le public a t il réagit à ses flots de décibels agressifs ? J’imagine en sifflant et en criant au scandale…

Puis dans son parcours, il y eu, de temps en temps, une composition électroacoustique.

Quelle en est la place et l'importance dans son œuvre ? pourquoi ici et à ce moment là ? je laisse ces sujets aux biographes et aux musicologues, quoi qu’il en soit, il va nous submerger en 1977 de synthèse analogique avec La légende d’Eer, magnifique pièce « dronistique » d’une heure, puis il va créer une sorte de synthétiseur numérique, l’Upic, qui se commande à partir de partitions graphiques. Déjà la technologie est aux ordres du démiurge, elle est forcément en retard sur ses idées, lui a 30 ans d’avance. Comme d’habitude, ses pièces pour Upic comme les autres, ne s’embarrassent pas de fioritures, d’ornement et de délicatesse… on fonce dans le cœur du son, on découpe la matière au rayon laser, aujourd’hui on dirait : il fait dans le noisy, il est indus, oui il est tout ça et autre chose, car l’électronique chez lui n’est pas isolée du reste, son œuvre forme un tout, sa démarche synthétise une approche de plus en plus raffinée de la tonalité perdue, de l’innocence, de la fraîcheur du premier jour. Comment rejoindre, à travers notre esprit, le cœur d’où tout jaillit, la source du son. Il est grec, semble t il métaphysique « actif », pas contemplatif à la mode romantique pour un sou, j’ignore presque tout de sa vie, mais j’ose deviner sa recherche. C’est avec sa musique une autre écoute qu’il te faut avoir, tu écouteras une œuvre orchestrale en pensant à l’Homme, à la violence, à la liberté, à ce siècle qui a tant fait pour l’art et tout essayé pour le rayer pourtant de la carte, mais surtout ne cherche pas un plaisir auditif, suave, délicat. Il viendra en son temps. Ou il ne viendra pas. Une pièce de Xénakis, c’est une sorte de bijou, un objet précieux. Une sorte de signe du temps. Un signe dans l’Histoire.



Liste des œuvres electroacoustiques (notées « sons enregistrés »), et mixtes de Xénakis.

Diamorphoses : 1957; sons enregistrés ; 7’

Concret PH : 1958; sons enregistrés ; 2’45

Analogique A et B : 1958-59; ensemble à cordes (9) et sons enregistrés ;

Orient-Occident : 1960; sons enregistrés ; 12’.

Bohor : 1962; sons enregistrés ; 21’30.

Kraanerg : 1968-69; ensemble (23) et sons enregistrés ; 75’

Hibiki Hana Ma : 1969-70; sons enregistrés ; 18’

Persépolis : 1971; sons enregistrés ; 56’

Polytope de Cluny : 1972; sons enregistrés ; 24’

La légende d’Eer : 1977; sons enregistrés ; 55’

Mycènes alpha : 1978; sons enregistrés ; 10’

Pour la Paix : 1981; a) chœur mixte (32 minimum) b) chœur mixte, 4 récitants et sons enregistrés c) 4 récitants et sons enregistrés (bande + chœur préenregistré) d) sons enregistrés (bande + récitants et chœurs préenregistrés); 10’ (a), 26’45 (b, c, d).

Taurhiphanie : 1987; sons enregistrés; 10’45

Voyage absolu des Unari vers Andromède : 1989; sons enregistrés ; 15’30

Gendy3 : 1991; sons enregistrés ; 20’

S.709 : 1994; sons enregistrés; 7’

Liste établie à partir du site des amis de Xenakis


On trouve presque tout sur CD

Mes conseils : le cd Ina Grm pour les oeuvres du début, La legende d’Eer, (version disques Montaignes), Pour la Paix et Voyage absolu (label?)..., écouter aussi Kraanerg (un labyrinthe sonore, on en trouve actuellement deux versions) … a éviter le couplage Persepolis (Grm mix) avec des contributions de la scène électro actuelle (inutiles et presque toutes mauvaises), on préférera le Persepolis « historique » réédité chez Editions RZ (distribué par Metamkine)


Et aussi :

Various Artists: CCMIX Paris (Mode)
A 2-CD compilation of works mostly composed using the UPIC system developed by Iannis Xenakis. Includes the first work composed with this system, Xenakis' Mycenae Alpha, as well as works by Risset, Teruggi, Estrada, and Pape. Also includes non-UPIC pieces like Xenakis' Polytope de Cluny and two brief but very fine pieces by Curtis Roads, Purity and
Sonal Atoms.
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